Le stage abordera le théâtre de Sarah Kane (1971/1999). C’est un théâtre exigeant, émotionnellement et physiquement. Dans un temps où les peuples semblent muer par un désir de libérer les esprits, mais aussi les corps, ce théâtre répond à un engagement tout actuel. Cela impose une prise de risque nécessaire, une envie aussi, de bousculer les règles. Je souhaite aborder cette écriture en prenant le chemin de la discipline circassienne. C’est à dire répondre à une exigence littéraire en la confrontant à l’implication physique. Je vous ferais parvenir des extraits de pièces afin de vous familiariser avec l’œuvre. Nous travaillerons des scènes pour ensuite confronter vos imaginaires avec l’œuvre à travers l’improvisation et ainsi tester la résistance d’une telle matière avec vos disciplines. Je vous invite vivement à faire des recherches sur l’auteur et à explorer son monde avant de nous rencontrer.
Ce travail sera aussi l’occasion pour chacun de pointer quelques fondamentaux comme le travail de la voix, de l’articulation, dans le but aussi de mieux diriger le travail à venir au cours de l’année.
"Théâtralité du mouvement acrobatique" avec Yves Marc
La théâtralité s'immisce dans les actions, les comportements de l'acteur en scène par le jeu de la pensée, des états de pensée et de leur couleur émotionnelle.
Il n'y a pas d'état de pensée ni d'état émotionnel sans une inscription corporelle profonde et c'est donc par la connexion de ses états avec certains fondamentaux du corps (respiration, tonus, regard, appuis au sol, posture, marche...) que sera approchée cette question de la pensée. Non par le biais de la psychologie (bien que ce dialogue soit permanent) mais par le corps et le mouvement.Quelle que soit la physicalité de l'action, la pensée peut la suspendre, la décélérer, l'accélérer, lui donner force ou douceur. D'une certaine manière on peut dire qu'elle "musicalise" toute l'activité humaine par les variations du rapport au temps et à la force.
Dans la pratique acrobatique lorsque le corps est engagé dans son défi à la gravité terrestre, il n'est pas question de jeu, la courbe dans l'espace temps est inexorable ! La question de la théâtralité proposera plutôt des couleurs possibles dans la mise en perspective de l'avant et après... L'inexorable. Elle interrogera le statut du corps, usuel ou fictif, ordinaire ou extraordinaire à travers le jeu de la précision et de la dynamique musicale du mouvement... Entre autres l'immobilité et ses diverses qualités qui sont comme le portrait de la résonance intérieure de l'action.
Parcours de Yves Marc
Yves Marc est co-directeur artistique avec Claire Heggen de la compagnie Théâtre du Mouvement, fondée en 1975. Il a étudié le Mime corporel avec Etienne Decroux et s'est formé à diverses techniques et esthétiques corporelles (sport de haut niveau, kinésiologie, conscience corporelle). Sa conception d'un art de l'acteur et d'un mime contemporain est basée sur la théâtralité du mouvement et la gestualité. Elle intègre sa connaissance du mime corporel et s'élabore aux frontières d'une danse dramatique, d'un théâtre d'objet, d'un théâtre textuel où le corps est engagé. Il place le corps de l'acteur au cœur même de la création artistique. Il a créé une vingtaine de spectacles dont une dizaine en collaboration avec Claire Heggen, diffusés dans 60 pays, développant une esthétique en perpétuel renouvellement. Il accompagne de jeunes artistes dans leur création. Actuellement, il joue la dernière pièce qu’il a créé Je pense donc ça se voit.
Yves Marc est invité depuis le début de sa carrière à enseigner en France et à l'étranger aux artistes de la scène dans une vingtaine de pays. Il a tout particulièrement développé une recherche sur les manifestations corporelles des états de pensée et leurs couleurs émotionnelles. Il assure actuellement avec Claire Heggen la formation au sein du programme du Théâtre du Mouvement : Le corps en scène.
"De l’intime au récit" avec Laurent Laffargue
L’objectif est d’accompagner les élèves porteurs de projets, d’idées (encore à l’état d’embryon ou à peine évoqués), et de les amener à comprendre et sentir la création qu’ils désirent faire émerger. Il s’agit de guider chaque élève vers sa propre écriture et interprétation, lui permettre de trouver la force de « son artiste », en lien direct avec sa personne et son intime. Le travail se fait essentiellement à partir d’improvisations.
Dans un premier temps chaque élève raconte une histoire intime, personnelle… Cette histoire est ensuite reprise, interprétée par un ou plusieurs élèves qui la traduisent en scène. Nous raccordons ensuite plusieurs récits les uns aux autres, créant ainsi des liens qui passent par l’utilisation et la maitrise de leur agrès.
Parcours de Laurent Laffargue
Metteur en scène de théâtre et d’opéra, comédien, Laurent Laffargue a créé en 1992 la Compagnie du Soleil Bleu. Fidèle au théâtre francophone classique et contemporain, il est aussi passionné par le théâtre anglophone. En 2002, il met en scène pour la première fois Terminus de l’auteur australien Daniel Keene et reçoit la même année le prix Jean-Jacques Gautier. La Compagnie est nommée aux Molières 2006 dans la catégorie « Molière de la Compagnie », puis sélectionnée pour le Prix ADAMI, aux Molières 2007. En 2008, il créé La Grande Magie d’Eduardo De Filippo et Après la répétition de Ingmar Bergman. Laurent Laffargue est associé pour trois années au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Il écrit le texte -en collaboration avec Sonia Millot- de Casteljaloux (une version seul en scène interprété par lui-même et une version avec 10 comédiens), un projet de film tiré de ce texte est en cours d'écriture. En juin 2012, il mettra en scène à l’Opéra de Bordeaux Les Noces de Figaro en alternance avec Don Giovanni.
"Théâtre et image" avec Cyril Teste
Ce laboratoire est une invitation permanente à questionner les nouveaux outils comme la vidéo. C’est une réflexion en actes sur les matériaux textuels à visiter ou à réinventer. L’approche fera référence à la mémoire de notre enfance. Que reste-il de cette mémoire ?
Cette thématique sera le fil tendu qui nous permettra à travers ces expériences que l’on se donne, de chercher une grammaire qui intègrerait l’espace de l’image dans le temps du théâtre…Le « labo » permettra d’explorer différents modes d’approche avec la caméra, afin, dans un premier temps, de se familiariser avec elle. Il s’agira d’écrire une méthode de travail pour transformer cet outil en instrument. Comme tout instrument, cela nécessite de pratiquer des « gammes » autour :
- de la conscience du cadre / espace,
- du temps à travers le rythme,
- précision du mouvement via la caméra.
Pour les étudiants en deuxième année, le « labo » s’appuiera sur les notions abordées l’an passé et sur les expériences menées pour les approfondir.
Parcours de Cyril Teste
Après des études en arts plastiques, Cyril Teste suit des cours d'art dramatique, d'abord à l'ERAC (École régionale d'Acteur de Cannes) puis au Conservatoire national supérieur d'Art dramatique de Paris où il suivra les ateliers George Aperghis et d’Olivier Py.
Cette double formation lui donne envie de mêler l'univers pictural à celui du plateau. Ses mises en scène confrontent ainsi la réalité du plateau à la virtualité de l'image vidéo, la plupart du temps captée et retransmise en direct. Avec le Collectif MxM, il travaille sur les mécanismes de fabrication de l'image. De Alice underground (2001) d'après Lewis Carroll, à Electronic City de Falk Richter (2007) Reset (2009) ou Pour rire pour passer le temps de Sylvain Levey (2010), en passant par la trilogie autour de Patrick Bouvet (Shot/Direct (2004), (F)lux (2005) et Paradiscount (2004/2006)) ainsi que Anatomie Ajax (2002), adaptée de la tragédie de Sophocle, Cyril Teste intègre la technologie et la vidéo au cœur du dispositif pour "ouvrir" l'espace scénique à d'autres possibles dramaturgiques, à d'autres tensions de jeu, notamment en dédoublant le comédien par la vidéo, en le faisant agir sur la représentation de sa propre image.. Il vient de créer SUN, lors du 65ème festival d'Avignon en juillet 2011.Cyril Teste a également réalisé la vidéo pour Atteinte à sa vie (de Martin Crimp) et Le Marin d'eau douce, mises en scène de Joel Jouanneau. En tant que comédien il a joué pour Olivier Py, Lucie Tiberghien, Robert Cantarella, Claude Stratz, Bernard Sobel, Béatrice Houplain, Georges Aperghis.
"Approche du langage clownesque" avec Juan Cocho
Le stage vise à approcher le travail théâtral par le biais du clown et du rire. Pour cela, nous aborderons quelques éléments fondamentaux du langage clownesque et certains principes permettant de s’orienter dans un travail d’improvisation. Avec les 1DMA, nous mettrons l’accent sur ce que le jeu peut apporter à la technique circassienne dans le cadre du spectacle, et avec les 2DMA, en nous appuyant sur des texte de S. Beckett, nous aborderons l’interprétation et l’utilisation de la parole en piste, ainsi que des notions d’écriture.
Parcours de Juan Cocho
Juan Cocho est né en 1972 de parents immigrés espagnols. Il s’intéresse d’abord au travail social et commence une formation d’éducateur spécialisé avec de jeunes autistes et handicapés moteurs, dans une approche thérapeutique par le corps et le sport. Il fait ensuite l’école du Théâtre National de Strasbourg, et travaille depuis avec notamment Jean-Yves Ruf, Enzo Cormann, Ludovic Lagarde, Eric Lacascade, Stuart Seide, Jacques Robotier, François Verret, Franck Dinet, et sa propre compagnie Le collectif des Fiévreux. Parallèlement, il écrit. Il a publié à l’École des Loisirs et aux éditions théâtrales et, depuis 2005, il a reçu plusieurs bourses d’écriture pour travailler en tant qu’auteur ou comédien à différents projets de théâtre, de clowns et de cirque. Depuis 2009, il développe avec la compagnie Des Plumés et Diane Dugard un cirque de poules itinérant qui sillonne la France et joue aussi bien en théâtre, en cabaret, en rue, que sous son propre chapiteau.
"Improvisations et situations" avec Galin Stoev
Le travail s’articule cette année sur un thème : « Love Letters ». Les étudiants sont invités à écrire ou à amener de courts textes rencontrant ce thème. A partir de là, nous chercherons à créer un champ de jeu où les participants peuvent improviser, en utilisant aussi leurs propres techniques de cirque. L'objectif de ce travail est d'aider les étudiants à trouver un lien organique entre l'aspect technique de leur travail et la qualité de présence sur le plateau propre au jeu d'acteur.
(Les étudiants doivent envoyer leurs propositions de textes deux semaines avant le début du stage).
Parcours de Galin Stoev
Galin Stoev est une figure importante de la nouvelle scène européenne. D’origine bulgare, il vit entre Paris et Bruxelles où il a fondé la compagnie Fingerprint. En 2004, Oxygène de Ivan Viripaev, lui vaut une reconnaissance internationale. Deux ans plus tard, Genèse N°2, du même auteur, est très remarqué au Festival d’Avignon. Entre 2007 et 2009, il met en scène trois pièces à la Comédie-Française. En 2010, il crée en Belgique La vie est un songe de Calderon, et en 2011, la dernière pièce de Viripaev, Danse Delhi, au Théâtre National de la Colline.
"L’engagement physique de la parole" avec Rodolphe Dana
A travers une pièce de Shakespeare, l’atelier porte pour l’exploration de la présence « pure » du comédien au plateau, sans autre artifice théâtral que sa voix, son corps, la poésie concrète du texte et l'autre, les autres : les partenaires de jeu. Le travail porte également beaucoup sur l'écoute. Nous débuterons à la table, pour sonder le texte, ses enjeux, et surtout, évoquer la dramaturgie d'un texte, d'une pensée écrite et le passage de la pensée au corps : comment et par quoi ça passe. Au plateau, nous chercherons à créer de la complicité dans le jeu, pour éviter la composition abstraite de personnages qui isole les comédiens. Et pour ce faire, nous mettrons la personnalité de l'artiste en avant, sa singularité, sa façon à lui de penser, de bouger, de parler. La langue de Shakespeare nécessite de l'engagement physique. Il faut réussir à trouver la nécessité dans le corps pour que les mots aient envie d'en sortir : la nécessité donc, d'agir, de parler, pour que quelque chose de vrai, dans l'instant, advienne.
Parcours de Rodolphe Dana
Après des études à l’Ecole Florent, Rodolphe Dana devient l’un des premiers compagnons de route d’Eric Ruf et de la Compagnie d’Edvin(e) et participe à la création du Désavantage du Vent en 1997. Il joue comme acteur sous la direction d’Eric Vigner (Marion de Lorme, 1998), de Bérangère Jannelle (Le Décaméron, 2000), coécrit et joue dans Egophorie (2001), travaille avec le duo de danseurs Annie Vigier et Franck Apertet (Cave Canem, 2002) puis Cyril Anrep (Une saison païenne, 2004). En 2002, il fonde avec Katja Hunsinger, le Collectif Les Possédés avec lequel, en 2004, il signe sa première mise en scène, Oncle Vania de Tchekhov. Viennent ensuite Le Pays Lointain de Jean-Luc Lagarce (2006), Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce (2007), Hop La ! Fascinus (2008), commande du Théâtre du Peuple (Bussang) qui réunit trois collectifs, Le Cheptel Aleïkoum, Les Octavio et Les Possédés, Loin d’Eux de Laurent Mauvignier (2009), Merlin ou la Terre dévastée de Tankred Dorst (2009) et Bullet Park, d’après John Cheever.